CHEZ LE MOGHO NAABA: L’HISTOIRE D’UN RITUEL

En plein cœur de Ouagadougou, il y a une vieille tradition qui se perpétue jusqu’à nos jours. Le plus pessimiste de nos cultures m’aurait vite demandé « lequel », en soutenant que rien ne nous reste de nos valeurs et coutumes.

Tenez bien que, tous les vendredis matin à 6h, chez l’empereur des Mossés, ou pour ceux qui s’y connaissent « chez le Mogho-Naaba », situé au secteur n°1 de Ouagadougou en plein cœur de la ville, se tient un modeste rituel, une tradition qui traine du beau monde de partout.

A l’approche du palais un vendredi matin vous verrez une foule immense, composée de toutes les nationalités et de toute races (étrangers-touristes). Cette foule s’attroupe certainement pour assouvir leur curiosité. L’évènement est symbolique, mais lourd de sens. Du début à la fin, cela ne dure guère plus d’1h à 1h 30 pour renvoyer la foule d’où elle est venue, laissant d’ailleurs plus d’un sur sa soif.

Tout commence discrètement. Dans la foule, on peut remarquer des hommes d’un autre type d’accoutrement qui sillonnent, avec de très gros gourdin au cou à vous donner des sueurs froides. Eux, ce sont les gardes de l’empereur qui tiennent les spectateurs à l’œil, vigilant, car il est strictement et formellement interdit de prendre des photos ou de filmer le rituel traditionnel.

Tous les chefs traditionnels répondent à l’appel. Les tam-tams font leurs dialogues, les griots interprètent et se font réinterpréter, des gestes et des mouvements, bref… Le gros fusil traditionnel tire pour clore l’évènement dans un gros nuage de fumée de poudre.

Beaucoup se demandent le pourquoi et le comment d’un tel rituel, appelé aussi « faux départ du Mogho-Naaba ». Ci-dessous ; le faso.net élucide :

Signification du « Faux départ du Mogho-Naaba »

L’histoire raconte qu’à la mort de Naaba Gningnemdo, les notables de la cour intronisèrent le fils cadet du roi qui devint le Moogho Naaba Koundoumié, 6e roi de la dynastie des rois du royaume d’Oubritanga, et 8e de la dynastie de Ouédraogo, à l’insu de l’aîné. Celui-ci était un redoutable guerrier impitoyable et très cruel. Et pendant qu’il exigeait d’une femme qu’il trouvait effrontée de piler son enfant dans un mortier que celle-ci lui répondit en ces termes : « c’est parce que tu es si cruel que ton frère cadet a été désigné à la succession du trône à ta place après la mort du Roi ». Furieux d’apprendre que son père était mort et que le trône qui lui revenait de droit était occupé par son frère, il leva son armée et marcha sur Ouagadougou, pour reprendre son trône usurpé, trône qui lui revenait de plein droit.

La Reine Mère informée des intentions de son fils l’arrêta à l’entrée de Ouagadougou, le calma et réussit à lui faire rebrousser chemin. Mais personne n’avait pu imaginer ce qu’avait avancé comme arguments celle-ci pour lui faire entendre raison. Gardienne des fétiches sacrés qui font la puissance, la royauté, le pouvoir, du Roi des Mossi. La Reine Mère les avaient dérobés et confiés à sa fille Pabré (sœur de yadéga). Pabré était chargée de les apporter à son frère Yadéga qui attendait tout tranquillement à une vingtaine de km de Ouagadougou, dans un village qui portera et qui porte toujours le nom « PABRE » (nom de la jeune fille). L’on raconte que La Reine Mère l’ayant intercepté, lui avait dit ceci : « mon fils, tu sais bien ce qui fait du chef Mossi un Roi puissant, moi en tant que « Zak-Pugkasma », j’ai la garde des fétiches, repars tranquille, je t’enverrai les amulettes sacrées, et ainsi tu deviendras le chef suprême des Mossi ».

Quand Naaba Koundoumié constata la disparition des fétiches, il mobilisa son armée pour combattre son frère et reprendre les amulettes sacrées qui lui conféraient le titre de ROI des Mossi, un roi suprême et sans égal. Ses ministres et son entourage qui savaient que Yadéga était rompu à l’art de la guerre et que ce serait une folie de l’attaquer, le supplièrent de renoncer. Ils lui avouèrent sans honte que lancer une attaque contre son frère c’est conduire son peuple au massacre. Le roi insista, mais ne put partir en guerre. C’est ainsi qu’il tint ces propos : « Vous m’avez empêché de partir, mais j’essayerai encore et encore et je conseillerai à tous mes successeurs de faire ainsi jusqu’à ce que l’un d’eux réussissent à reprendre les fétiches royaux ».

C’est pour cela que tous les vendredis, très tôt le matin, le Mogho-Naaba en règne fait sceller son cheval et fait semblant de partir pour Ouahigouya où sont détenus les fétiches royaux.

Maxime

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Maxime Compaore
Maxime COMPAORE est natif du pays des hommes intègre (BURKINA-FASO). Courtier art & Culture, il se défini comme un autodidacte culturel. Promoteur de zembalaculture Burkina faso. Agitateur, entrepreneur culturel. Blogeur, Manager d'artiste. la culture est la seule qui peut nous resté dès qu'on nous confisque tout.
Maxime Compaore

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2 comments on “CHEZ LE MOGHO NAABA: L’HISTOIRE D’UN RITUEL

  1. Arukey Adama ILBOUDO

    Pas mal décrit cette survivance des traditions burkinabè. J’aurais aimé que vous résumiez par vos mots les observations du faso.net, pour éviter les copier-coller qui donnent l’impression que vous n’aviez pas ou jamais été un témoin oculaire de l’évènement que vous relatez ici.

    • Merci Mr ILBOUDO pour cette remarque. en fait, c’est pas du couper-coller cet article. juste que la signification du faux depart du Mogho Naaba est donné par le faso et qu’il va de droit de le dire. Merci pour l’intérêt

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